IMG 6083 h181pxAu fond du petit champ de foire se dresse un ensemble de bâtiments, actuellement désaffectés, constitué du château d’eau et de l’ancienne usine électrique.

Ils furent construits dans les années 1913-1914. L’usine électrique fonctionna jusqu’en 1926 et le château d’eau fut en service jusqu’à la fin des années 1960. Si le château d’eau est classé monument historique depuis 1992, il y a bien des raisons.
La première et principale tient à son architecture. Elle est d’une très grande originalité, pour un simple réservoir d’eau, et est unique dans le monde. Due à l’architecte luçonnais Bardin, elle est, probablement, la seule œuvre architecturale que celui-ci a laissée à la postérité.
La deuxième tient à la technique utilisée pour sa construction. C’est celle du béton armé que l’ingénieur Hennebique avait développé depuis une trentaine d’années et que Guillemet, entrepreneur nantais, appliqua à Luçon. Cette technique donne un caractère de légèreté à l’ouvrage et lui confère une monumentalité d’ailleurs voulue par le maire de l’époque, Benjamin Ayraud. Car c’est bien d’un monument dont il s’agit.
Et c’est la troisième raison : ce monument est le symbole de la modernité qui permettait au Luçon de l’époque d’entrer dans le cercle restreint, surtout en Vendée, de villes équipées de l’eau courante et de l’électricité.
Pourtant, à l’origine, le château d’eau n’était pas prévu pour la ville mais pour le 1er Régiment du Dragons qui devait s’installer, dès 1914, dans la caserne. Celle-ci se substituait aux bâtiments du Grand Séminaire que la loi de 1905 de séparation des Eglises et de l’Etat avait vidé. La caserne est devenue depuis le quartier Hoche. C’est l’abondance en eau du sous-sol qui amena les édiles municipaux à demander à l’Armée à bénéficier de cette eau pour la ville. Les besoins pour les militaires étaient estimés à plus de 100 m³ d’eau par jour, le sous-sol pouvait en fournir plus de 500 m³, quelle que soit la saison. C’est un château d’eau de cette contenance qui fut construit par des entreprises locales.
Si l’on en revient au plan purement architectural, notons que la construction culmine à plus de 25 m du sol, que le réservoir d’eau est réparti en neuf compartiments et est surmonté d’un dôme à l’impériale, qu’il s’appuie sur 4 poteaux d’angle, renforcés par 2 poteaux intermédiaire chaque côté. Des contreforts latéraux en arc de cercle renforcent la stabilité du bâtiment et un escalier à vis métallique permet d’accéder à la cuve.IMG 6085 h200px
A noter également, parce que cela est assez rare sur ce type de construction, les fioritures architecturales (corniches et cordons), arceaux et les éléments de décor qui ornent le réservoir : des céramiques en terre cuite, des modillons et des têtes de lion en fonte. Dans la gueule ouverte de ces dernières se trouvait une lampe orange. Cet aspect « signal » de la modernité devait être complété par un phare, - Luçon était encore un port en 1914 -, qui ne fut jamais installé et qui fut remplacé par le dôme que l’on peut toujours voir.
A noter enfin, autre originalité, la présence d’un local administratif, commercial et de gardiennage, au pied du réservoir. La Société Luçonnaise d’Eau et d’Electricté y avait ses bureaux et un magasin.
Bien sûr la désaffection du bâtiment et le temps, ainsi qu’un manque d’entretien dans l’incertitude du devenir du « monument », ont fait leur œuvre.
Ce monument mérite plus que le regard ironique que l’on a tendance à lui porter. Il est certain que trouvant une nouvelle jeunesse, en l’affectant à une nouvelle occupation, forcément différente de celle d’origine, ce phare de la modernité du début du 20ème siècle trouverait un nouveau lustre et une nouvelle fierté.